Anaïs Sparesotto
6 min de lecture

« Comprendre » n'est pas un objectif : écrire des objectifs pédagogiques observables

Un objectif qu'on ne peut pas observer, on ne peut pas l'évaluer. La méthode en trois questions pour écrire des objectifs clairs, et un outil gratuit.

  • objectifs pédagogiques
  • conception
  • formateur·ices

« À l'issue de la formation, les participant·es comprendront les bases du management. »

Cette phrase, tu l'as déjà lue cent fois. Dans un programme de formation, une convention, une fiche Qualiopi. Elle a l'air d'un objectif. Ce n'en est pas un.

Pose-toi une question simple : comment sauras-tu, à la fin de la journée, qu'une personne « comprend les bases du management » ? Tu ne peux pas ouvrir sa tête. Tu ne peux observer que ce qu'elle fait. Et « comprendre », ça ne se voit pas.

Un objectif qu'on ne peut pas observer, on ne peut pas l'évaluer. Et une formation qu'on ne peut pas évaluer, on ne peut ni l'améliorer, ni prouver qu'elle marche.

Pourquoi c'est plus grave qu'un problème de vocabulaire

Un objectif flou ne reste pas flou tout seul. Il contamine tout ce qui suit.

Tu conçois tes activités à partir de lui : comme il ne dit pas ce que la personne doit savoir faire, tu remplis avec du contenu. Tu prépares ton évaluation à partir de lui : comme il ne dit pas comment reconnaître la réussite, tu poses un QCM de mémoire. Et à la fin, tout le monde a « vu » le sujet, mais personne ne sait ce que les participant·es sont capables de faire de plus qu'au début.

Un bon objectif, c'est l'inverse. Il te dit quoi faire pratiquer, et comment vérifier.

La méthode en trois questions

Un objectif observable répond à trois questions.

QuestionCe que tu écrisExemple
Que fera la personne ?Un verbe d'action + le contenumener un entretien de recrutement de 45 minutes
Dans quelles conditions ?Avec quoi, avec ou sans aideà l'aide d'une grille de questions
Comment sauras-tu que c'est réussi ?Un délai, une quantité, une exigencesans poser de question discriminatoire

Mis bout à bout, ça donne :

À l'issue de la formation, la personne sera capable de mener un entretien de recrutement de 45 minutes, à l'aide d'une grille de questions, sans poser de question discriminatoire.

Relis cette phrase en te mettant à la place de la formatrice. Tu sais exactement quoi faire pratiquer : des entretiens, en temps limité, avec la grille. Tu sais exactement quoi observer : la durée, l'usage de la grille, les questions posées. Tu peux construire ton évaluation en dix minutes.

Avant, après

Prenons une formation « Recruter sans se tromper », pour des managers de proximité.

Avant :

Comprendre les enjeux du recrutement.

Après :

Mener un entretien de recrutement de 45 minutes, à l'aide d'une grille de questions, sans poser de question discriminatoire.

Même sujet. Mais la première version ne t'aide en rien à concevoir ta journée. La seconde te dit déjà quel exercice tu vas proposer, et comment tu vas le corriger.

Template Notion gratuit

Récupère le reformulateur d'objectifs pédagogiques

  • Les 6 niveaux de Bloom, avec un exemple et la façon d'évaluer chacun
  • Ta phrase vérifiée en direct
  • La liste complète des objectifs de ta formation
  • Un prompt pour faire relire ta liste par une IA

Gratuit. Le lien arrive dans ta boîte mail en quelques secondes.

Les verbes à bannir

Certains verbes reviennent sans cesse dans les objectifs, et aucun ne s'observe :

  • comprendre
  • savoir
  • connaître
  • maîtriser
  • appréhender
  • être sensibilisé·e à
  • découvrir

Ce ne sont pas de mauvais mots. Ils décrivent ce qui se passe dans la tête de la personne. Le problème, c'est que tu n'y as pas accès.

Quand l'un d'eux s'invite dans ta phrase, pose-toi la question : que fera la personne pour me le prouver ? La réponse est ton vrai verbe. Elle saura « connaître les règles de non-discrimination » ? Ce qu'elle fera, c'est repérer les questions discriminatoires dans une grille d'entretien. Ça, tu peux l'observer.

Deux verbes, deux objectifs

Autre piège fréquent : la phrase qui fait tout.

Préparer et conduire un entretien de recrutement.

Deux verbes, deux actions. Et une personne peut très bien réussir l'une et rater l'autre : préparer une excellente grille, puis perdre pied face à la personne candidate. Avec un seul objectif, tu ne sais pas laquelle des deux évaluer, ni quoi retravailler.

La règle est simple : un objectif, une action qu'on peut évaluer. Deux verbes dans ta phrase, c'est presque toujours qu'il te faut deux objectifs.

Préparer une grille d'entretien adaptée au poste, à partir de la fiche de poste.

Mener un entretien de recrutement de 45 minutes, à l'aide de cette grille, sans poser de question discriminatoire.

Les conditions et le critère, les deux oubliés

Même avec un bon verbe, la moitié des objectifs s'arrêtent à la première question. « Mener un entretien de recrutement » : c'est observable, mais c'est encore trop large.

Les conditions disent dans quel cadre la personne agit. Avec une grille ou sans ? Seule ou accompagnée ? Sur un cas fictif ou sur un vrai poste ? Ça change tout pour la difficulté, et donc pour ce que tu vas faire pratiquer. Mener un entretien avec une grille sous les yeux, c'est un premier pas. Le mener sans, c'est une autre marche.

Le critère dit à partir de quand c'est réussi. Sans lui, deux formatrices peuvent évaluer la même personne et arriver à deux conclusions opposées. Un critère peut être un délai (« en 45 minutes »), une quantité (« au moins trois questions ouvertes »), ou une exigence (« sans poser de question discriminatoire »). Il n'a pas besoin d'être chiffré. Il a besoin d'être vérifiable par quelqu'un d'autre que toi.

Un test rapide : donne ton objectif à une collègue et demande-lui comment elle évaluerait la réussite. Si elle te répond avec une hésitation, ton critère manque.

Et quand tu as toute une formation à écrire

Écrire un objectif, ça va. En écrire quinze pour une formation complète, en vérifiant chaque verbe, chaque condition, chaque critère, ça devient long. Et c'est là qu'on relâche l'attention, et que les « comprendre » reviennent.

Il faut aussi regarder l'ensemble : si tous tes objectifs sont du niveau « citer » ou « reconnaître », ta formation reste en surface. Si tous sont du niveau « concevoir », tu demandes peut-être trop d'un coup. La taxonomie de Bloom, avec ses six niveaux, sert à ça : vérifier que ta formation fait monter les participant·es d'une marche à l'autre.

J'ai construit le Reformulateur d'objectifs pédagogiques pour faire ce travail avec toi, dans Notion. Il t'amène à ton objectif en trois étapes, vérifie ta phrase en direct (verbe observable, une seule action, conditions, critère mesurable), te montre les six niveaux de Bloom avec un exemple et la façon d'évaluer chacun, et rassemble la liste complète des objectifs de ta formation avec leur répartition par niveau. Il te donne aussi un prompt prêt à coller pour faire relire ta liste par une IA.

Tes objectifs restent chez toi : ils sont gardés dans ton navigateur, rien n'est envoyé en ligne.

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Tes objectifs sont prêts ? L'étape suivante, c'est de t'en servir pour produire tes contenus avec l'IA, sans obtenir un résultat générique : c'est le sujet de l'article sur le format de prompt pédagogique.

Tes formations sont bien conçues. Sont-elles accessibles ?

Une conception solide peut quand même exclure 1 apprenant·e sur 5. La Partie 1 de mon e-book te donne les premiers réflexes pour rendre tes supports accessibles, sans devenir expert·e RGAA. Offerte par email.

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