L'angle mort du mois · Accessibilité
J'ai posé LA question à 50 personnes. Personne n'a répondu.
C'est moi qui animais. Et c'est moi qui ai tout fait à l'envers, en croyant bien faire.
Bonjour,
Bienvenue dans L'Angle Mort. Une fois par mois, je te montre une scène de formation où quelque chose décroche, s'épuise ou se perd, sans que personne ne le voie. Puis le réflexe pour reprendre la main.
Pour ouvrir, je ne vais pas te raconter la scène de quelqu'un d'autre. Je vais te raconter la mienne.
La scène
J'arrive pour animer une masterclass. J'ai mes slides, préparées au cordeau. Une cinquantaine de personnes face à moi.
Je lance. J'enchaîne les slides, une par une, je déroule mon contenu, je tiens mon timing. Tout se passe bien. Du moins, c'est ce que je crois.
Arrivée au bout, je veux réveiller la salle : je propose une animation sous forme de jeu, quelque chose de participatif pour ancrer les notions. Et juste avant de lancer, pensant bien faire, je pose LA question :
« Est-ce qu'il y a des besoins particuliers ? »
Personne ne répond. Je souris, je lance le jeu.
Ce qui se passe vraiment
Je tiens à le dire clairement : cette scène, je l'ai vécue. C'est moi qui animais. Et c'est moi qui ai posé cette question en croyant ouvrir une porte.
Le problème, ce n'était pas l'intention : elle était bonne. Ce sont trois choses qui se sont superposées sans que je les voie :
- J'ai demandé à la fin. Pendant toute la masterclass, j'ai enchaîné mes slides sans jamais laisser de prise. Le moment où je m'enquiers des besoins arrive quand tout est déjà joué, trop tard pour adapter quoi que ce soit.
- J'ai demandé en public. Devant cinquante personnes, lever la main pour signaler un besoin, c'est s'exposer, ralentir le groupe, se ranger dans une case. Personne ne le fait. Le silence n'a jamais voulu dire « tout le monde va bien ».
- J'ai demandé juste avant un jeu. Or un jeu, c'est précisément le moment où la participation devient obligatoire et visible. Pour quelqu'un que le format met en difficulté, ma question n'ouvrait pas une porte : elle braquait un projecteur.
Une scène de bonne intention parfaite. Et c'est exactement ce qui en fait une scène d'exclusion.
Le réflexe
Inverse la charge, et change le moment.
Une bonne accessibilité ne se réclame pas à la fin, devant tout le monde. Elle est déjà là au démarrage. Trois gestes :
- Avant, pas à la fin. Annonce dès l'ouverture ce qui est déjà prévu : « les supports sont dispos en amont, on fera des pauses, et le jeu de fin sera adaptable, personne n'est obligé de passer devant les autres. »
- Annonce au lieu de demander. « Voici ce qui est là pour vous » remplace « est-ce que quelqu'un a besoin de quelque chose ? ». Le silence ne veut plus dire « personne » : il veut dire « c'est déjà couvert ».
- Ouvre un canal privé. Un mail avant la session, un mot en aparté, pour les besoins que personne ne dira jamais devant cinquante personnes.
À tester ce mois-ci
Dans ta prochaine intervention, déplace la question des besoins de la fin vers le tout début. Et transforme-la en annonce : une seule phrase, au démarrage, qui n'exige aucune main levée. C'est tout. Une phrase, au bon moment. Tu verras la différence dans la posture de la salle.
L'activité du mois
Le mail J-10 : pré-questionnaire
Le 3e geste, « ouvre un canal privé », a un endroit naturel pour exister : un mail envoyé 10 jours avant la session, avec 3 questions courtes. C'est là qu'une personne te dit tranquillement, sans s'exposer, ce qu'elle ne dira jamais devant le groupe. Et c'est là que tu glisses la question d'accessibilité : « une appréhension, un besoin particulier (format, support, participation) ? »
Le template complet (calendrier de communication J-30 à J+60 et cinq
mails prêts à adapter) est ici :
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Plan
de communication d'une formation
(extrait de ma Boîte à Outils des Formateurices).
Template Notion gratuit · à dupliquer dans ton espace.
Pour aller plus loin
Ce que tu viens de lire porte un nom : la Conception Universelle de l'Apprentissage (CUA). Concevoir pour la variabilité au démarrage, plutôt qu'ajuster à la marge devant tout le monde.
L'UNIL (Lausanne) en a fait une fiche claire, qui détaille les
leviers à activer à chaque étape, du premier cours à
l'évaluation :
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La
CUA, par le Centre de soutien à l'enseignement de l'UNIL.
Je raconte cette scène en entier, et les réflexes qui en découlent,
dans mon livre Former pour toutes et tous. Le premier chapitre
est en accès libre :
→
Télécharger
le premier chapitre.
À le mois prochain,
Anaïs